Empêcher ces Lillois briseurs de rêves de jouer l’Europe en mettant à l’amende des Nancéens briseurs de jambes, voilà ce qu’on appelle faire de Pierre un bon coup. Quel pied mes amis, quel pied. Non, je ne suis pas rancunier. La preuve, je tire mon chapeau à Nicolas Fauvergue. Deux buts cette saison, un bilan éclatant. C’est deux de plus que Simon Pouplin, sachant que lui en plus, il en encaisse. Pour finir en beauté, soldat Ravera a porté l'estocade finale sur Correa. Ce mec, c'est une poupée russe. Il est tout rond et à l'intérieur de lui, t'as l'impression que t'as trois ou quatre petits Pablo Correa qui se débattent pour sortir.

Bon, bilan : la Ligue 1, elle ferait bien de s’acheter une logique. L'autre coup, on termine quatrième et le club décrète trois jours de bad trip collectif. Cette saison, on a plus de points. Pourtant on finit que sixième. Et on fête ça devant les quatrièmes qui pleurent toutes leurs larmes de leur corps. On veut bien essayer de terminer quatrième mais dans ce championnat, si on a un peu d'ambition, c'est la sixième place qu'il faut viser.

Pour récompenser les joueurs, pas d'hermines d'or cette saison. J'ai pas trouvé mieux qu'envoyer l'équipe dans un parc de distraction. J'aurais pas trouvé pire non plus. Dans le bus (toujours celui avec les vitres teintées pour pas qu’on devine qui qu’est dedans, mais avec un gros logo du club pour qu’on devine qui qu’est dedans un peu quand même), on a fait la fête. Autrement dit, on a tourné, tourné, tourné et encore tourné nos serviettes. Alors que la mienne entamait son dernier tour sous le regard intrigué de nombreux passants ne sachant guère ce qu’il se passait réellement à l'intérieur du car, j'ai béni l'entreprise Michaud, spécialisée dans les vitres teintées. Finalement, j'ai vite compris leur utilité : tu passes toujours pour un con, mais en comité réduit.

Comme parc de distractions, on a pris celui des princes. Pas celui avec les Boulogne Boys, non. Celui avec les 7 nains. A la descente du car, l'horreur : plein de mioches sûrement supporters lyonnais ont couru vers nous. Ils ont tous voulu prendre la pose avec Salma et Petter. « Hey, t'es plus blond que dans le dessin animé quand même. » Sans l'intervention du soldat Ravera, le mioche signait son arrêt de mort. « En revanche la Belle est aussi belle. » François-Henri, quand il parle, même ses postillons ont la classe.

Toute proportions gardées, Petter c'est notre Vincent Perrot. Les défis, il adore. « John, cap ou pas cap de soulever le bout de fer qui dépasse ? » Le bout de fer, c’était l’épée d’Arthur quand même. « Arthur ou pas, je m’en fous, on laisse pas traîner son cure-dent comme ça. Je peux le broyer pour le faire glisser ? » Punaise, déjà qu’au milieu de plein de mioches, tu passes pas inaperçu avec Hansson, si en plus il casse le matériel...! Finalement, il a sorti l’épée comme nous on sort d’une coupe, sans se fatiguer. Tout le monde a cru au trucage jusqu’à ce qu’Esteban perde un bras, puis deux, en essayant de tenir l‘épée. A son tour, John a essayé. L’épée est resté coincée dans la roche. Cela dit, comme John avait carrément arraché la roche du sol, il a un peu réussi le défi lui aussi.

Entre John et Petter, il y a une grande complicité. Et pas seulement parce que dit comme ça, on croirait lire le résumé d’un époisode des Feux de l’amour. Armoires à glaces peu commodes, John et Petter sont aujourd’hui unis comme les cinq doigts de la main dans ta face. « Je t‘arrache, tu m‘arraches, la barbichette, le premier de nous deux, qui dit aïe, aura une tapette. » Le cumul des mandales, c’est une idée de Saint-Sernin, du temps où il côtoyait des messieurs qui croyaient pouvoir travailler deux jours par jour. Mais gare aux débordements. « Petter, arrête tes conneries et remets Esteban où tu l’as trouvé, tu joueras avec une prochaine fois. » Petter a fait « Grmpf. » Esteban a fait « aïe.» Petter lui a donc remis une tapette. Mais là ils jouaient plus je crois.

Sans ses deux bras, et avec une jambe en bois, Roulianne s'ennuyait un peu. Petter, sensible à la tristesse du gamin qu’il venait de brusquer, lui a proposé de jouer à la marelle. Le seul jeu nécessitant qu'une jambe valide. Pour le marquage au sol, Petter a tracé les lignes avec son pied. Pour les trous dans le bitume, on dira que c'est Mickey qui teste son Hummer.

Bon, faut qu'on se casse, je crois qu'on s'est fait repérer. Mais la fête chez Mickey ne fait que commencer, à bientôt.