Je vous écrivais que Manu avait quelque chose d'important à m'annoncer. Il va faire son coming-out capillaire et m'annoncer qu'il porte une moumoute, j'en suis sûr. Après tout, ça arrive à tout le monde, suivez mon regard...

En fait, il m'annonce qu'il doit quitter le Stade Rennais. Je suis Limogeais dès demain me dit-il, le vague à l'âme en peine. J'ai juste le temps de replacer mon équipe (ah oui, ce con, il m'appelle pendant Rennes-Nantes) et lui réponds d'une boutade aussi intempestive que la sortie de Stojkovic, deux minutes plus tôt : C'aurait pu être pire, t'aurais pu être Guingampais. Je plaisantais bien sûr, en plus je savais qu'à Manu, sa tasse de thé c'était pas la porcelaine. Je reviens sur le but de Melchiot et je propose ce néologisme de circonstance : Melchiot n'a pas devancé Stojkovic. Le gardien de Nantes a "derrièré" le défenseur rennais. Peut-être qu'à l'entraînement, avec ses défenseurs, le ballon n'est jamais intercepté, mais faut qu'il fasse gaffe, enfin j'dis ça, lui au moins il sort pour de bon. Ecoutez Billie Jean, regardez Rennes-Sochaux et admirez le moon-walk de Pouplin sur le but sochalien. Qu'est-ce qu'on a ri avec Manu sur ce but !

Finalement, notre conversation s'est interrompue brutalement, la batterie de mon téléphone me lâchant avant même que je ne puisse dire "Au revoir président". La dernière fois que j'ai vu un truc lâcher aussi rapidement, c'était Etienne Didot quand on l'avait obligé à courir trois heures avec seulement deux coeurs sur les quatre qu'il possède habituellement. D'ailleurs j'y pense, faudra en prêter un à Monterrubio. C'est ça le collékeutif.

C'est la mi-temps, on gagne un à zéro apparemment, et je dois rejoindre les vestiaires où mes joueurs m'attendent. Sauf Arnold, que j'ai envoyé s'échauffer. Il a un match au sommet demain avec la réserve contre Moissy-Cramayel. Scène habituelle dans le vestiaire rennais : Didot finit ses exercices de Breton, Bourillon nettoie tout, range tout, à tel point qu'on à parfois du mal à retrouver Monterrubio, Cheyrou raconte le jour où il a envoyé la cassette de son but du droit de volée en Ligue des Champions à l'émission "Incroyable mais vrai". Plus inhabituel, je n'ai pas reconnu un de mes joueurs. En fait , c'était un Nantais qui voulait déserter. Saïdou, said me, stay together. Naturellement, je l'ai ramené à son malheureux propiétaire avant que démarre notre concours de jongles. Oui, faut que j'vous expik. Chacun des joueurs alignés sur la feuille de match doit effectuer une série de jongles. A la fin, celui qui a le plus petit score est désigné comme être "l'homme à marquer". Je vous dis pas la panique quand c'est Pouplin qui est désigné. Contre Nantes, je vous laisse deviner qui a perdu au jeu. Parfois, je soupçonne mes attaquants de faire exprès de perdre pour pouvoir marquer. Seulement trois jongles pour certains, permettez-moi d'avoir des doutes. Surtout quand on a le droit aux mains.

On a donc gagné deux à zéro, et c'est Bruno qui a marqué (en fait, c'est pas lui qui avait perdu, il a avoué avoir raté son contrôle sur l'action du but). Mon jeu à la mi-temps commence à porter ses fruits. Les joueurs sont concernés et Rennes s'impose. Dans mes rêves les plus fous, je lutte pour le titre avec Lyon mais j'ai encore du chemin à parcourir pour rejoindre le Roi de la jongle en France. Je n'en dévoilerai pas plus sur mes méthodes tékeuniko-takeutik.

Revenons à notre mouton et à Emmanuel Cueff. Dès l'issue du match, il est arrivé sur la pelouse, s'est dirigé vers moi et m'a dit : J'ai trente secondes pour tout t'expliquer, écoute-moi bien. Voilà comment j'ai appris un nouveau mot qui paraît-il fait un malheur chez les entraîneurs. Je fais bien de le connaître, une limogeation est si vite arrivée. Et avec Manu, on est donc allés saluer une dernière fois, ensemble, le public.